PEINTURES FLAMANDES

Après l’attaque pirate de « Pied de Bois » en 1553, le couvent dominicain fut reconstruit par les familles dirigeantes. C’est le cas de la construction de la chapelle principale aux frais de Don Juan de Santa Cruz, lieutenant général de La Palma et lieutenant gouverneur de Ténérife, conquérant de Malabueys et gouverneur de Cartaghène des Indes, qui fit venir des Flandres, un retable de peintures pour décorer la chapelle principale, avec ses armoiries et des portraits de lui-même et de son épouse Juana Luisa de Cervellón.

Les tableaux qui composaient ce retable, représentatifs du maniérisme de l’école de Bruges et attribués à Pierre Pourbus dit « l’Ancien », ont été démembrés de leur cadre d’origine en 1703, lors de la construction de l’actuel retable baroque.

Le message iconographique de ce retable représente le triomphe de la doctrine catholique sur les déviations hérétiques, un affrontement qui divisait la carte européenne à l’époque.

– L’Archange Saint Michel, patron du couvent dominicain de Saint Michel de La Palma, est représenté en train de battre le diable, l’épée haute et la balance à la main, symbole du jugement particulier auquel est soumise l’âme du fidèle après la mort, représentée par une figure nue dans une attitude de prière, sur l’un des plateaux que le diable tente de faire basculer en sa faveur. Saint Michel est représenté comme un héros en costume romain, représentant l’Église catholique en lutte contre l’hérésie, représentée par le diable.

 – Saint Jean-Baptiste montre du doigt l’agneau, symbole du sacrifice du repas de la Pâque, où le Christ a institué l’Eucharistie, sacrement nié par la Réforme protestante. À l’arrière-plan, on voit la Prédication de Jean le Baptiste, au milieu d’une forêt.

– En relation avec la Vierge Marie, la Généalogie de Jésus et de l’Arbre de Jessé, qui s’inspire des paroles du prophète Isaïe : « Une tige sortira de la racine de Jessé, et une fleur poussera de sa racine ». Saint Joachim et Sainte Anne, les parents de la Vierge, sont représentés avec une tige de lys qui sort d’eux et dont la fleur s’ouvre pour montrer la Vierge et l’Enfant. Ce thème iconographique de l’Arbre de Jessé, selon l’historien Trens, a été la forme graphique de présentation de la conception virginale de Marie jusqu’à la création, au XVIe siècle, de l’iconographie de l’immaculée conception de la Vierge.

– Le message iconographique du retable est renforcé par le panneau des Saints Dominicains, les Saints les plus éminents dans la lutte contre l’hérésie. Sur l’aile droite et au premier rang se trouvent : Saint Dominique de Guzmán piétinant le diable ; Saint Pierre Martyr de Vérone, qui écrase de son pied le corps d’un soldat, autre figure de proue de l’hérésie ; et Saint Thomas d’Aquin, ferme bastion de l’orthodoxie doctrinale de l’Église. D’autres Saints tels que Saint Albert et Sainte Catherine de Sienne apparaissent également.

En plaçant les panneaux de Saint Jean-Baptiste, de la Généalogie de Jésus et des Saints Dominicains dans un ordre corrélatif, on peut voir comment se suivent la ligne terrestre, les paysages et le ciel.

Outre les panneaux du retable principal disparu, l’église possède une grande toile, importante pour sa qualité et son iconographie : La Sainte Cène, signée par le peintre anversois Ambrosius Francken (1544-1615), est considérée par les spécialistes comme le tableau le plus représentatif du romanisme michelangelesque dans l’art maniériste flamand aux îles Canaries. Il n’a pas été commandé à l’origine pour l’église, car jusqu’en 1621, il présidait la pièce principale de la maison des descendants du célibataire Santa Cruz, donateur de l’ancien retable principal. Curieusement, la signature du peintre se trouve sur le couteau brandi par l’un des Apôtres, qui pourrait bien être Saint Barthélemy, puisqu’il s’agit de son symbole iconographique.

Enfin, les panneaux en grisaille de Saint François d’Assise et de Saint Blaise Évêque appartiennent à l’ancien retable principal, offert par le célibataire Santa Cruz. Les panneaux en grisaille sont les portes qui fermaient l’ancien retable, ce qui est très courant dans les retables de l’époque. Ces peintures étaient généralement monochromes, en nuances de gris, obtenues par des dégradés de noir et de blanc. Elles reproduisent des sculptures en pierre non polychromées, les figures étant placées dans un cadre ou une niche, sur des piédestaux. Dans le cas présent, Saint François et Saint Blaise apparaissent à l’intérieur d’une niche sur un piédestal et, pour renforcer cette idée, le peintre avance la jambe jusqu’au bord du piédestal pour donner beaucoup plus de mouvement et renforcer ainsi l’aspect vivant des figures. L’utilisation de la couleur dans les tons chair, comme dans le cas présent, est très fréquente dans les grisailles du XVIe siècle, en particulier à Bruges, la ville du peintre auquel elle est attribuée, Pierre Pourbus dit « l’Ancien ».