CHAPELLE ET MAÎTRE-AUTEL : RETABLE, CHAIRE ET CHŒUR

CHAPELLE ET MAÎTRE-AUTEL : RETABLE, CHAIRE ET CHŒUR

Vers 1700, un ambitieux projet de rénovation fut lancé afin de réaffirmer l’importance du couvent et de créer un symbole de la puissance d’un ordre qui se distinguait, entre autres, dans le domaine des arts. Plusieurs frères dominicains artistes, sculpteurs et peintres, ont joué un rôle important dans cette entreprise, décorant presque exclusivement l’église et le couvent. Les premières années furent une période de grande activité, tant dans la fièvre décorative, de grand style baroque, que dans la création d’un programme iconographique pour glorifier le triomphe de l’Église et de l’Ordre des Prêcheurs. Cette importante entreprise a été encouragée par le Frère Andrés Maldonado. La rénovation commença par la chapelle principale, dont les murs furent rehaussés et le plafond reconstruit. En 1702, les travaux étaient déjà en cours pour la construction du nouveau retable, œuvre de Juan Lorenzo, qui fut achevé en 1705, de la chaire et du chœur du couvent. Doré en 1751, le retable principal a été défini par l’historien Trujillo Rodríguez comme « l’exemple le plus beau, le plus complet et le plus baroque des retables à colonnes solomoniques jumelées et à deux sections existant dans l’archipel ». Il représente également l’apparition de la colonne solomonique à La Palma. Le retable porte encore, comme symbole inéquivoque, les armes de Santa Cruz, sur le côté principal de l’Évangile, et celles de Cervellón, sur l’Épître, de sculpture baroque épaisse et volumineuse.

Deux frères-artistes, qui avaient en commun d’être des frères laïcs, ont joué un rôle important dans ces travaux : le sculpteur Frère Marcos Gil et le peintre-décorateur Frère José de Herrera. Le Frère Marcos a été chargé de réaliser les sculptures du retable principal et de la chaire, entre autres. Le Saint Michel triomphant qui préside le maître-autel, habillé en guerrier romain, armé et victorieux, provient probablement de sa gouge. Il s’agit de l’iconographie du Saint en tant que prince et commandant de l’armée céleste, tenant un bouclier et un bâton de commandement, une idée iconographique largement représentée dans les peintures du XVIIIe siècle consacrées à Saint Michel. Ce retable vénère également les images de Saint François d’Assise, du côté de l’Épître, une œuvre de montagne du XVIIe siècle, offerte par le capitaine Antonio Pinto de Guisla, et la sculpture de Saint Joachim, du côté de l’Évangile, l’unique sculpture de ce Saint sur l’île. Les images de Jésus le Nazaréen, Notre-Dame des Douleurs, communément appelée « La Magna », œuvre du sculpteur Fernando Estévez en 1841, et Saint Jean l’Evangéliste, œuvre de Manuel Hernández dit « El Morenito » en 1843, occupent le premier corps du retable. Ces trois images sont portées en procession le Mercredi Saint lors de la traditionnelle Sainte Rencontre dite « point sur la place ».